Jeux d’é.changes

A la demande : formation à l’utilisation de cet outil (groupes de 5 à 15 personnes) Renseignements : info@institut-eco-pedagogie.be


Table des matières

Contexte
Finalités
Objectifs
Public
Matériel
Déroulement
Feed-back
Pistes à exploiter
Bibliographie

Contexte

Cette fiche-outil décrit une série de jeux inventés par Jean-Philippe Robinet, animateur à l’asbl Roule Ta Bille et formateur à l’IEP. Ces jeux ont été expérimentés pendant cinq ans dans des contextes d’animation ou de formation d’animateurs en éducation relative à l’environnement, ce qui a permis de les ajuster et de les diffuser aujourd’hui avec une analyse réflexive.
Cette fiche peut intéresser tout animateur/formateur désireux de faire vivre et réfléchir le concept d’échange ou d’aborder quelques "lois" de l’économie.

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Cotillons

Finalités

Cette série de jeux a pour ambition d’aborder différents concepts économiques (l’échange, le don, le travail, le capital, l’offre et la demande, la spécialisation, la filière...) et de prendre du recul sur quelques "lois" de la science économique. Les discussions et débat qui s’ensuivent permettent de prendre conscience que, peut-être plus que dans tout autre domaine, les "vérités" économiques sont liées à des valeurs.
Cet exercice peut aboutir à un questionnement sur le pouvoir que chacun peut avoir dans le système mis en évidence.

Objectifs

- Jouer pour expérimenter, approcher le sérieux par le ludique afin de le dédramatiser, simplifier le réel sans perdre en complexité.
- Faire émerger les différentes manière d’échanger, de faire affaire ; déconstruire les représentations et reconstruire un savoir commun sur l’échange comme ciment culturel sociétal.
- Placer l’échange dans la perspective d’émancipation, de compréhension et de prise de pouvoir sur la société. En s’appuyant sur les représentations, le vécu, le groupe comme moyen de compréhension de la complexité, comme microcosme sociétal sur lequel prendre appui pour théoriser.

Public

Un groupe d’adolescents ou d’adultes qui travaille sur le sens de nos pratiques sociétales, qui cherche à les comprendre et est désireux d’agir pour en changer.
Aucun prérequis n’est nécessaire.

Matériel

- boules de cotillons (autant qu’indiqué dans le tableau ci-après) ;
- 3 sacs A, B et C pour "piocher" les boules ;
- un plateau sans rebord (ou un plateau à rebord retourné).

Un espace assez vaste est indispensable pour pouvoir bouger, se déplacer, rire, parler fort, où les participants se sentiront suffisamment en confiance.

Préparation du matériel
À l’aide des tableaux en annexe, il faut préalablement constituer 3 sacs avec les boules de cotillon.

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Jeux d’échange - Tableaux pour préparer les sacs de boules

Déroulement 

L’activité se déroule en plusieurs jeux très brefs qui illustrent différentes manières d’échanger. Les différents jeux ont presque tous le même but mais ont des règles (des lois ?) distinctes. Celles-ci sont spécifiées au fur et à mesure afin de ne pas embrouiller les joueurs. Chaque jeu dure environ 5 minutes.
Le débriefing et la mise en relation et en perspective des différents jeux se fait à l’issue de la série de jeux complète. Il peut être utile d’interroger le ressenti car l’exercice peut provoquer des réactions fortes, à tout le moins du rire, ce qui devrait nourrir la construction du savoir.

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Pioche

Jeu N°1
Au départ de ce jeu, les joueurs prennent 5 boules colorées dans le sac A.
Il s’agit d’expérimenter les échanges par troc, avec pour consigne : « Échangez, troquez une boule contre une autre pour arriver à détenir 5 boules de la même couleur ».
À l’issue du jeu, les boules sont remises dans le sac initial.

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Troc

Jeu N°2
Au départ de ce jeu, les joueurs prennent de nouveau 5 boules colorées dans le sac A.
Le but du jeu est ici aussi d’avoir finalement en main 5 boules de la même couleur, avec pour consigne : « Donnez une boule à qui vous la demande. Il faut céder des boules à qui les veut, mais attention ! Cette fois-ci, sans échange : si on donne, on ne peut pas prendre, si on reçoit on ne peut pas donner. »

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Don

Jeu N°3
Chacun garde en main les 5 boules du jeu précédent.
Constituer des groupes de 4 personnes dont les participants se désigneront chacun par un chiffre de 1 à 4.

Le numéro 1 est le "propriétaire" : il possède la chaise ; parmi les 4 autres membres du groupes, il y a 3 porteurs et 1 « pacha » assis confortablement, qui se fait transporter sur une distance d’une dizaine de mètres.
Il faut pratiquer plusieurs tours en changeant la personne assise, sans jamais changer le propriétaire.
La personne qui se fait transporter doit payer 4 boules au propriétaire, qui garde 2 boules pour lui et paye chaque porteur (1 boule à chacun). Lors de ce jeu, les couleurs des boules n’ont plus d’importance.

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Capital-Travail

Voici, en terme de nombre de boules dans la poche de chacun, ce qui se déroule au fil de ce jeu...

Résultat des gains du 1er au 4ème tour
1 (proprio) 2 3 4
Au départ 5 boules 5 boules 5 boules 5 boules
après le 1er tour 6 boules 1 boules 6 boules 6 boules
après le 2ème tour 7 boules 2 boules 2 boules 7 boules
après le 3ème tour 8 boules 3 boules 3 boules 3 boules
4ème tour ? plus possible de continuer !

Ce jeu doit s’arrêter après le 3ème tour puisqu’à part le propriétaire, plus personne ne peut se payer un voyage.

À l’issue de ce jeu, les boules sont remises dans le sac initial (sac A).

Jeu N°4
Au départ de ce jeu, les joueurs prennent 5 boules colorées dans le sac A.
Former 2 groupes. Le premier groupe est composé de producteurs, ils forment un cercle, les producteurs ont 5 boules de couleurs différentes chacun. Au milieu, ou autour, les consommateurs cherchent à acquérir 5 boules de la même couleur. Ils passent d’un producteur à l’autre pour les avoir, les négocier et les payer, une boule contre une boule.

Quand le groupe de consommateurs a bien 5 boules de couleur semblable chacun, on inverse les rôles : les producteurs deviennent consommateurs, les consommateurs deviennent producteurs. À leur tour, les consommateurs doivent acquérir 5 boules de la même couleur auprès des producteurs qui se sont « spécialisés » dans une couleur.

Cette manche en deux étapes met en pratique la spécialisation de l’économie, du travail.

À l’issue de ce jeu, les boules sont remises dans le sac B.

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Spécialisation de l’économie

Jeu N°5
Chaque participant pioche au hasard 1 boule dans le sac C. Cette boule déterminera la couleur que chacun devra rechercher lors de cette manche. Chacun prend ensuite 10 boules dans le sac B (pour rappel, le sac B a reçu, à la fin de la manche précédente, les boules du sac A).
Les participants ont deux buts à ce jeu : posséder à la fin le plus de boules, avoir en main des boules de la même couleur (celle qu’ils ont piochées au départ dans le sac C).
La consigne est « Échanger les boules. Les prix ne sont pas fixés. Il est possible d’échanger 1 boule contre 2, 3, 4... boules. Il faut négocier et faire jouer la concurrence. »

Ce jeu met en lumière la loi de l’offre et de la demande.

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Offre et demande

Jeu N°6
Les participants se partagent en 3 sous-groupes. Sur un plateau collectif sans rebords, un sous-groupe doit transporter quelques boules vers un autre sous-groupe relais. Lors du transport, chaque membre du sous-groupe doit tenir le plateau, la main en dessous de celui-ci. Il est interdit de faire barrière avec un doigt, sa main ou une autre partie de son corps. Le formateur rajoute au fur et à mesure des boules puis des billes. Ainsi, cette manche permet d’expérimenter le concept de filière, le voyage et les transports de marchandise.
Si une personne "faiblit", les autres doivent s’ajuster. Une personne suffit à tout faire rater. On prends conscience que tout le monde est lié, qu’une certaine coopération est nécessaire mais qu’elle ne rend pas forcément les choses plus faciles.

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Transport

Remarque
Les expérimentations de ces jeux se sont souvent déroulées dans la rue. Les passants interloqués ont été pris à partie et invités à commenter l’une ou l’autre activité, à s’exprimer sur tel ou tel concept. C’est une manière de faire avec... l’environnement, de saisir l’opportunité de se rendre compte de notre culture d’occupation de l’espace public, de la place du débat dans celui-ci, de se nourrir de ce qui est, ce qui survient comme support à la réflexion, d’apprendre du milieu...

Feedback

À l’issue des deux premiers jeux, on glane quelques paroles. En voici quelques exemples :
- « Quand on ne peut que donner, on a plus vite ce que l’on veut ! »
- « Donner sans recevoir, ce n’est pas du tout habituel - on se rend compte qu’on est socioculturellement programmés ! »
- « Recevoir sans donner est tout aussi difficile ! »
- « Dans l’échange, il y a toujours une contre-partie, un but caché, on parle de don, de contre-don. »
- « Il y a des échanges matériel, mais il y aussi de l’immatériel. On pourrait penser que pour le matériel, il y a un rapport 1+1, mais pas toujours, puisqu’il y a la loi de l’offre et de la demande. Mais dans l’immatériel, paradoxalement, parfois il s’agit aussi d’un rapport 1+1, un sourire pour un sourire, et c’est tout ».
- « Avec l’immatériel, le contre-don peut être différé ; avec le matériel, on s’attend à une contre-partie simultanée. »
- « Notre auberge espagnole est aussi matérielle qu’immatérielle. On vient y manger et chercher de la reconnaissance par le groupe, de la valorisation, du soutien, du plaisir de transmettre des recettes... on a l’impression que tout ça va tant qu’il y a beaucoup... »
- « nous nous rendons compte que l’être humain est insatiable ! S’il ne travaille pas cela sur lui, il risque de se noyer dans les échanges perpétuels à caractère pathologique ».

Pistes à exploiter

Construction d’un conceptogramme sur "Échange"
A l’issue de la série de jeux, on peut proposer une construction dynamique du concept d’"échange".

- D’abord, "Les mots qui nous viennent en tête", c’est-à-dire 10 à 20 mots de teneur différente à inscrire dans son carnet, sur une feuille libre... (5’).
- Ensuite, organiser les mots par regroupements spontanés (sans encore les écrire) sur une feuille A4 distribuée : « Imaginez comment globalement vous allez organiser sur cette feuille le recueil des mots que nous allons partager. »
- Chacun à son tour, donner un mot de sa liste (le meilleur ?). Chacun le reçoit pour l’inscrire sur sa feuille à l’endroit qu’il devrait avoir préalablement défini. Les mots se succèdent par liens (non explicités). Une même personne peut offrir plusieurs mots.
- Vérifier brièvement les effets du temps sur ce système (passé, il y a 50 ans, il y a 10 000 ans, futur, dans 50 ans). Deux ou trois exemples ?
- Observer brièvement encore (!! sans pour autant négliger ce moment, c’est ici le plus important !!) : "Où je me situe ? Qu’est-ce qui me concerne ? Qu’y puis-je ? Sur quoi ai-je du pouvoir ?..." - Deux ou trois exemples ?
- Exposition des feuilles A4, comparaison et interprétation des formes différentes que ces représentations prennent.

- Appel à commentaire sur l’exercice : « À votre avis, quelles idées n’auraient pas émergées sur le conceptogramme si nous n’avions pas vécu les jeux ? »

Même si les participants témoignent souvent d’une certaine frustration de l’amalgame, quand on reçoit des mots sans négociation possible, il est à noter que les conceptogrammes ainsi réalisés sont riches, nourris, personnels mais collectifs. Ils constituent un terreau fertile pour interroger nos pratiques sur les dimensions de temps et d’espace, pour entrevoir notre rôle et les leviers de changement.

Examen de quelques "lois" de l’économie
A chaque jeu de la série, les participants font l’expérience d’un précepte économique particulier. Ainsi les jeux peuvent servir de point de départ à des discussion qui amèneront à réfléchir au système économique de manière constructive et critique. On peut, au choix, questionner chaque jeu au fur et à mesure ou garder la discussion pour le retour en salle (pour le retour au calme).

- Le jeu N°1 illustre un système économique basée sur le troc, posant là les bases de l’économie marchande.

- Le jeu N°2 illustre un système économique basé sur le don (sans contre-don direct). Exemple concret : les Système d’échange locaux (SEL). Quel(s) sont les émotions ressenties lorsque l’on reçoit sans donner ? Quels sont les effets de cette dette morale ? Ici, on peut discuter du lien social qui se construit lorsqu’une dette est contractée.

- Le jeu N°3 illustre la "tension" entre capital et travail. Quelles ont été les émotions ressenties suivant que vous étiez transporté, transporteur ou propriétaire de la chaise ? Comment ce jeu s’est-il finalement arrêté ? Qui s’est enrichi ? Ici, on peut discuter du capitalisme, de la nécessité de la croissance économique pour que ce système perdure.

- Le jeu N°4 illustre la spécialisation de l’économie. Quelles était les deux étapes de ce jeu ? Quelle étape a été la plus efficace ? L’étape la plus efficace est-elle la plus durable ? Pourrait-elle comporter des risques sur le long terme ? Ici, on peut discuter de la spécialisation de tel ou tel type de production, entre individus et entre continents. Les questions de la souveraineté alimentaire pourraient alors être évoquées.

- Le jeu N°5 illustre la loi de l’offre et de la demande. Quels ont été les sentiments perçus avec ce fonctionnement ? Ces sentiments ont-il été différents selon que vous aviez à amasser une couleur rare ou une couleur abondante ? Quels sont les avantages de cette manière d’échanger ? Avez-vous trouvé cette règle juste ? Ici, on peut discuter du choix de laisser faire le marché ou de réguler les échanges.
- Le jeu N°6 illustre le transport inhérent à une économie mondialisée. Quels ont été les "coûts" du transport pendant ce jeu (énergie des participants, gâchis des billes tombées...). Ici, on peut évoquer la pollution provoquée par la spécialisation de l’économie. Ce sixième jeu (ou un autre !), suivant la manière dont il s’est déroulé, peut aussi amener à discuter des rapports de coopération ou de compétition qui s’installent dans tout groupe (ou toute société).

Bibliographie

- L’économie c’est nous, Christian Arnsperger, Éres - 2006
- L’économie expliquée à ma fille, André Fourçans, Seuil - 1997 (Jeu N°1)
- L’économie pour les nuls, Michel Musolino, First Edition (Jeux N°1 et 5)
- Anthropologie du don, Alain Caillé, La découverte - 2007 (Jeu N°2)
- Éloge de la dette, Nathalie Sarthou-Lajus, PUF 2012 (Jeu N°2)
- Histoire du capitalisme : 1500-2010, Michel Beaud, Point - 2010 (Jeu N°3)
- Antimanuel d’économie, 1. les fourmis, Bernard Maris, Bréal - 2003 (Jeu N°3)
- Le pari de la décroissance, Serge Latouche, Fayard - 2006 (Jeu N°3)
- La mondialisation racontée à ma fille, André Fourçans, Seuil - 2001 (Jeu N°4)
- La grande désillusion, Joseph E. Stiglitz, Fayard 2002 (Jeu N°5)
- Les vrais lois de l’économie, Jacques Généreux, Seuil 2001 (Jeu N°5)
- Sciences et pouvoir, Isabelle Stengers, Labor - 1997 (Jeu N°5)

Pour citer cet article : Robinet Jean-Philippe, « Jeux d’é-changes », in "Écocitoyenneté", répertoire d’outils créés par les formateurs de l’Institut d’Eco-Pédagogie (IEP), mars 2014
URL : http://www.institut-eco-pedagogie.b...






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