Diversité des conceptions du "Paysage"


A la demande : formation à l’utilisation de cet outil (groupes de 5 à 15 personnes)
Renseignements : info@institut-eco-pedagogie.be


Table des matières

Le paysage en débat
La Convention européenne du paysage
Pourquoi est-ce intéressant de clarifier sa conception du paysage ?
Bibliographie

Le paysage en débat

Que voulons-nous dire quand nous parlons de "paysage" ?

Le paysage est-il une réalité, un objet qui existe en dehors de nous ? ou est-il une image que nous avons en tête, une représentation mentale tout entière marquée de la subjectivité de notre perception et de notre interprétation ?

Voilà le débat qui anime la communauté scientifique depuis des années, et c’est bien un choc de cultures qui est révélé à travers ces questions.

Pour mieux percevoir ce dont il s’agit, commençons par nous relier à un paysage bien "réel" : fermez les yeux et rappelez-vous un paysage que vous connaissez bien, faites-en mentalement le tour lentement une première fois..., puis une seconde...

Les images qui s’assemblent furtivement composent progressivement une mosaïque chargée de sens : souvenirs, sentiments, émotions, informations, événements, secrets, opinions, énigmes, rêves, projets,... sont associés aux couleurs, aux formes, aux fragments d’éléments saisis dans le lointain ou en gros plan, au gré des "travelling" fantaisistes de votre imagination.

Arrêtons-nous un instant "sur image" au cours de cette balade virtuelle. Ce paysage bien connu nous est soudain révélé sous un nouveau jour : nous prenons conscience de la « représentation mentale » du paysage qui est en nous.

Que faut-il entendre par " représentation mentale " ?

Le terme de représentation mentale désigne un "déjà là" en nous sur lequel nous allons greffer de nouvelles connaissances. En voici une définition :

"Une représentation est un phénomène mental qui correspond à un ensemble plus ou moins conscient, organisé et cohérent, d’éléments cognitifs, affectifs et du domaine des valeurs concernant un objet particulier. On y retrouve des éléments conceptuels, des attitudes, des valeurs, des images mentales, des connotations, des associations, etc. C’est un univers symbolique, culturellement déterminé, où se forgent les théories spontanées, les opinions, les préjugés, les décisions d’action, etc." (Garnier et Sauvé, 1999, p. 66).

- Le paysage est une "représentation mentale"

Dans cette perspective, la subjectivité du regard de l’observateur est non seulement reconnue, mais elle est aussi valorisée : nous acceptons le fait que nous regardons le monde, nous le percevons et le concevons à travers le voile de nos désirs, de nos croyances et de nos émotions, culturellement estampillés au point de les croire naturels. Ce paysage-image dépend aussi du cadrage utilisé et des processus de construction mentale de l’image.

Le paysage apparaît comme un livre ouvert, une étendue chargée d’une infinité de sens par toutes les personnes ou groupes de personnes qui l’ont parcouru, modifié, rêvé, parfois même mythifié, depuis la nuit des temps.

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Le paysage est un livre ouvert chargé de sens pour chacun
Source : Le Monde diplomatique, Manière de voir 15, 1992.

Ce paysage n’est pas le réel : il est produit par le regard, il est "construit" par une personne qui est située dans l’espace et dans le temps, dans une culture et dans une société donnée. C’est pourquoi l’on dira que le travail scientifique vise à produire une interprétation du paysage.

- Le paysage est aussi un objet "réel"

Pourtant, le paysage existe bien en dehors de nous ! Les prés, les bâtiments, le relief, ne sont pas imaginaires. C’est sur cette conception traditionnelle du paysage que sont fondées les définitions des dictionnaires :

Paysage : "étendue de pays qui s’offre à la vue" (Petit Larousse illustré).

Dans cette conception du monde où l’on postule l’existence d’une "réalité" et d’une possible objectivité, il convient que l’observateur se débarrasse de toute subjectivité en appliquant au paysage une grille de lecture objective, en le classant grâce à des typologies rigoureuses, et en « découvrant » les « lois » de la genèse des paysages.

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Le paysage "objet réel"
Source : L’Entre-Vesdre-et-Meuse, coll. Atlas des paysages de Wallonie, CPDT, 2007, p. 134.
On dit alors que le travail scientifique vise à produire une explication du paysage.

La Convention européenne du paysage

La définition du paysage qui a été adoptée à Florence, en 2000, dans la Convention européenne du paysage s’inscrit dans une double conception :

"Le paysage désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations".

Avec cette nouvelle définition, nous sommes passés du "pays" au "territoire" et de la vue à la perception (vision subjective du paysage) tout en évoquant l’action de facteurs extérieurs au sujet qui perçoit (vision objective).

Ainsi, une procédure de classement permet de protéger des paysages en tant que site s’ils présentent un intérêt esthétique (point de vue subjectif s’il en est), tandis que d’autres outils contribuent à la restauration des paysages urbains et ruraux qu’il faudra manipuler en tant qu’objets sur base d’un projet où se mêleront probablement des considérations écologiques, culturelles et techniques.

Cette définition proposée dans la Convention européenne du paysage convient sans doute mieux à une prise en compte de la complexité de notre manière de penser les choses : quels que soient les outils que nous utilisons pour appréhender "le paysage", ils sont tous forgés dans le creuset des cultures et ne nous donnent effectivement qu’une image de cette "réalité" que nous décidons de nommer "paysage", mais il y a bien par ailleurs une résistance de cette "réalité" à l’image que nous en avons, comme l’exprime si bien M. Kessler (1999) : "Le paysage n’est pas "quelque chose" mais un entre-deux : ni tout à fait sous la main, ni tout à fait hors de portée - ni mis à distance comme un objet, mais pas non plus pure représentation du sujet".

Pourquoi est-ce intéressant de clarifier sa conception du paysage ?

L’intérêt de cette distinction entre "paysage-objet" et "paysage-représentation mentale" est de voir, lorsque nous concevons un projet d’éducation à la citoyenneté relatif au paysage, si l’accent est mis sur telle ou telle conception du paysage, ou si nous travaillons sur la relation dialogique qu’il peut y avoir entre les deux axes « paysage-objet » et « paysage-représentation mentale », comme l’illustre bien le projet "La photo comme outil de projet de territoire" mené par Dominique Costermans et Julie Denef pour la CPDT en 2008.

Cela permet aussi, en situation de négociation de points de vue sur le paysage et d’arbitrage d’options, de situer le discours des personnes qui s’expriment à propos du paysage et de mettre en évidence leur complémentarité plutôt que leur antagonisme.

A cette fin, nous vous renvoyons à la fiche-outil "Diversité des aspects et des points de vue sur le paysage" : elle comporte une grille de lecture originale ainsi qu’une panoplie de citations permettant d’illustrer les aspects multiples du regard paysage "objet", mis en tension avec les regards "représentation mentale" correspondants.

Bibliographie

Costermans D., Denef J., "La photo comme outil de projet de territoire", in Territoire(s) wallon(s), hors série, CPDT, août 2008.

Garnier C., Sauvé L., 1999. Apport de la théorie des représentations sociales à l’éducation relative à l’environnement - Conditions pour un design de recherche, Éducation relative à l’environnement - regards, recherches, réflexions, Arlon, FUL, pp. 65-77.

Kessler M., 1999. Le paysage et son ombre, Paris, PUF, coll. Perspectives critiques, 88 p.

Partoune C., 2004. Un modèle pédagogique global pour une approche du paysage fondée sur les NTIC, thèse de doctorat, Université de Liège.


Pour citer cet article : C. Partoune, « Diversité des conceptions du paysage », in "Diversité culturelle", répertoire d’outils créés par les formateurs de l’Institut d’Eco-Pédagogie (IEP), réédité en mai 2011
URL : http://www.institut-eco-pedagogie.be/spip/?article343






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