Rétrospective et prospective


A la demande : formation à l’utilisation de cet outil (groupes de 5 à 15 personnes)
Renseignements : info@institut-eco-pedagogie.be


Table des matières

Contexte
Objectifs de l’activité
Déroulement
Matériel
Intentions
Formes d’intelligence
Conceptions du paysage
Observations
Transfert potentiel
Bibliographie

Contexte

Cette activité de sensibilisation à l’évolution des paysages a été conçue en 2002 dans le cadre d’un module de formation de conseillers pédagogiques pour l’enseignement primaire. Une première fiche-outil a été rédigée en 2004*. Une synthèse sur l’évolution des paysages a été rajoutée en 2011, ainsi qu’une activité et des illustrations.

Objectifs de l’activité

- Ressentir et penser chaque paysage comme quelque chose de dynamique, en évolution constante.
- Situer les événements, se situer dans un continuum historique, projeter le paysage dans un futur lointain.
- Prendre conscience de la charge historique du paysage et des facteurs qui ont marqué son évolution (moyens de transport et de communication, énergie, matériaux, ...).
- Prendre conscience de l’évolution des mentalités.
- Ressentir et penser chaque paysage comme le fruit d’une longue histoire, comme l’incarnation d’idéologies et de rapports de force.
- Prendre conscience, malgré les caricatures imaginées, des risques et de notre part de responsabilité, de l’impact de l’homme sur l’environnement.

Déroulement

Lieu : idéalement, d’un lieu surplombant le paysage, ou le long d’une rue allant de l’extrémité d’une petite ville à son centre ; n’importe quel lieu un peu dégagé convient aussi.

- 1. Par petits groupes, les participants essayent de reconstituer l’ordre chronologique des cartes, puis de retrouver dans le paysage les traces du passé. Ils essayent de reconstituer une rétrospective du paysage. Lors de la mise en commun, mettre en évidence les indices majeurs qui ont permis le classement et qui révèlent les changements structurels survenus aux différentes époques (cfr ci-dessous).

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Reconstituer la chronologie des cartes
Photo : Vinciane Allebroeck, Haut-Bois, 2010.

- 2. Après la mise en commun, il peut être intéressant de donner à voir des gravures anciennes ou des photos du paysage à ces différentes époques et de les associer aux cartes.

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Associer photos et cartes
Photo : C. Partoune, Verviers, 2009.

- 3. Cette activité est propice à la présentation d’outils d’aménagement du territoire. Il existe en effet des contraintes et n’importe quel projet ne peut être réalisé n’importe où ! Etant donné le travail sur carte qui vient d’être réalisé, les plans de secteur et les cartes d’occupation du sol en Wallonie, le PRAS et la situation de fait à Bruxelles peuvent aisément être introduits auprès des participants. La distinction entre occupation et affectation du sol peut être établie.

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Initiation à la lecture de plans de secteurs
Photo : C. Partoune, Verviers, 2009.

- 4. Sur une carte topo actuelle en noir et blanc, chaque groupe est invité à imaginer quel visage pourrait bien avoir le paysage à l’avenir (dans 100 ans ou dans 1000 ans), selon divers scénarios : mondialisation à tout crin - réchauffement planétaire - développement considérable de la spiritualité - prise en compte généralisée des principes du développement durable - priorité à l’éducation dans les budgets gouvernementaux, etc.

Matériel

Cartes topographiques du lieu à différentes époques (Ferraris : 1771-1777, Vander Maelen : 1854, IGM : début XXe siècle, IGN années 50-60 et la plus récente), si possible recalibrées plus ou moins à la même échelle (1:20 000 ou 1:25 000). Les échantillons n’indiquent pas la date de la carte.

Pourquoi cet échantillonnage-là ? Parce qu’il balise les grandes étapes des changements survenus dans les paysages depuis deux siècles et demi. En voici un bref aperçu.

Au 18e siècle
- Les cartes de Ferraris (fin du 18e siècle), au 1:20 000

Il s’agit de la première cartographie systématique à grande échelle de la “Belgique”, qui était alors constituée grosso modo par les Pays-Bas autrichiens, la principauté de Liège et le duché de Bouillon. Elle a été réalisée entre 1771 et 1778 sous la direction de Joseph-Jean François, comte de Ferraris, sur ordre de l’Impératrice Marie-Thérèse et de l’Empereur Joseph II.

Toutes les maisons individuelles furent représentées, ce qui nous permet de reconstituer les noyaux d’habitat anciens dans un territoire morcelé en seigneuries. La mobilité était très réduite : les déplacements étaient principalement effectués à pied et les voies difficilement carrossables en toute saison. La forêt, utilisée pour fabriquer du charbon de bois, occupait une superficie très réduite.

Au 19e siècle

- Les cartes de Philippe Vandermaelen : des lithographies dressées au 1:20 000 pour le compte du jeune gouvernement belge, éditées entre 1846 et 1854.
- Les cartes dressées par le Dépôt de la guerre : cartes topographiques au 1:20 000 et au 1:40 000, publiées à partir de 1861 (éditions révisées à partir de 1885).

Ces cartes permettent de se rendre compte des tout premiers bouleversements du paysage suite à l’émergence de l’industrie, essentiellement wallonne : émergence des bassins charbonniers et des manufactures, aménagement de voies navigables et construction de voies ferrées.

Au 20e siècle

- Relevés avant la première guerre mondiale

Ces cartes permettent d’apprécier la vitesse et l’ampleur des transformations du territoire et du paysage depuis l’avènement de l’industrialisation : croissance des quartiers ouvriers dans les villes et des banlieues résidentielles des bourgeois à la périphérie ; développement des tramways vicinaux dans les campagnes (aujourd’hui parfois recyclés en RAVEL), et de nouveaux quartiers autour des gares ; plantations de résineux dans les landes, ce qui contribue à fermer le paysage autour de nombreux villages. Le tourisme commence à se développer (Haute Meuse, vallée de l’Ourthe et de l’Amblève, Spa). La mobilité de tous est considérablement accrue grâce aux transports en commun.

- Relevés années 50 : publication de 1960 à 1969 de la première édition des nouvelles cartes topo au 1:25 000 et au 1:10 000 par l’IGM (Institut géographique militaire, anciennement Dépôt de la guerre).

Ces cartes permettent d’avoir une bonne idée des paysages au milieu du 20e siècle. Les changements majeurs sont liés à l’extension des corons dans les régions industrielles, principalement dans le sillon Sambre et Meuse, tandis que les villages se vident, au boisement des terres marginales et à l’augmentation de l’élevage au détriment des grandes cultures dans certaines régions agricoles.

- Révisions années 70-80

Cette fois, ce sont surtout les paysages ruraux dont les changements sont les plus manifestes sur les cartes. D’abord l’extension et l’amélioration du réseau routier : la voiture est partout ! Avec pour conséquences le développement des lotissements dans les banlieues et dans les villages, des campings dans les vallées touristiques et des premiers parcs industriels en périphérie des villes. Ce sont surtout les plans cadastraux qui permettent de se rendre compte de l’évolution des paysages ruraux suite à l’instauration de la PAC (remembrement parcellaire), mais les cartes topographiques examinées à la loupe montrent aussi l’arrachage des haies dans les régions bocagères.

Au 21e siècle

Les effets de l’application du plan de secteur dans les années 70-80 se marquent surtout sur les cartes éditées à partir de 2000, avec la généralisation de l’habitat linéaire souvent du type « 4 façades » le long des voies d’accès aux noyaux bâtis. Le milieu rural continue à se lotir ; on y note également la prolifération de petits parcs industriels, commerciaux et de loisirs.

Intentions

Le paysage aujourd’hui est fait de traces des paysages d’hier ; celui de demain en gardera certaines, en perdra d’autres. L’approche culturelle suppose notamment d’identifier, au-delà des apparences, les valeurs dominantes des différents acteurs en présence, et les structures mises en place par les sociétés. Le paysage est composé de signes de projets : projets individuels, projets collectifs, ces derniers pouvant davantage marquer la structure du paysage (réseau des voies de communication, par ex.). Ces signes traduisent les valeurs, mais aussi les croyances et les mythes, à un moment donné, dans une société donnée. Les projets collectifs traduisent les valeurs des dominants de l’époque. L’existant représente un héritage culturel, frein ou moteur pour le développement actuel.

Formes d’intelligence

Convient à ceux qui aiment :
- acquérir des connaissances, observer les détails (intelligence naturaliste-écologique) ;
- manipuler des cartes, imaginer visuellement le paysage, se projeter dans l’avenir et dessiner les futurs aspects du territoire Intelligence visuospatiale ;
- procéder avec méthode, s’orienter, comparer les documents et les classer chronologiquement Intelligence logicomathématique ;
- exprimer leur avis, être en contact avec le passé, envisager l’inconnu (intelligence intrapersonnelle) ;
- discuter, confronter les avis, débattre (Intelligences verbolinguistique et interpersonnelle).

Conceptions du paysage : Espace, Héritage, Média.

Observations

La première partie de l’exercice demande d’observer finement le paysage. Elle provoque surprises et questionnements divers. C’est une activité qui permet idéalement de préparer le terrain pour une rencontre avec une personne ressource sur l’histoire des lieux. Elle plaît effectivement beaucoup à ceux qui aiment se plonger dans le passé. La seconde partie plaira davantage à ceux qui ne redoutent pas l’inconnu (elle peut, par contre, déstabiliser les précédents), qui aiment la fantaisie et la fiction (même si c’est une horreur). Certains scénarios en effet peuvent vraiment donner la chair de poule ! En général, si la plupart des personnes avaient déjà joué à imaginer le paysage d’antan, rares sont celles qui avaient fait l’exercice dans le futur.

Transfert potentiel

L’examen de toute problématique est à situer dans son contexte temporel, passé et à venir. Identifier le poids des héritages, dans l’analyse de toute problématique ; rechercher dans la culture les fondements qui peuvent expliquer les comportements (structures sociales ou autres, valeurs, croyances et mythes). Saisir une image globale du même endroit (ou une "image" d’une problématique), en effectuant des sauts importants dans le temps, donnera sans doute un résultat très interpellant, coupant court au leitmotiv "cela a toujours été ainsi". Il est important d’introduire ce biais dans les raisonnements fatalistes ou déterministes, et de montrer que des changements rapides peuvent avoir lieu. Apprendre à repérer des facteurs décisifs de changement, pourtant inattendus, dans le passé et aujourd’hui (chute du mur de Berlin, assassinat de dictateurs, attentats, épidémies, catastrophes naturelles, guerres, découvertes scientifiques, ...) mais aussi à anticiper l’avenir : qu’est-ce qui pourrait, à terme, bouleverser l’ordre établi ? Cette mise en perspective peut aider à se projeter dans le futur, à se mobiliser. L’éducation au développement durable repose sur cette capacité à anticiper notre avenir.

Bibliographie

- Site de l’Institut géographique national.
- Collection "Atlas des paysages de Wallonie", édités par la CPDT.


Pour citer cet article : Collectif, « Rétrospective et prospective », in "Cadre de vie", répertoire d’outils créés par les formateurs de l’Institut d’Eco-Pédagogie (IEP), édité en avril 2011
URL : http://www.institut-eco-pedagogie.be/spip/?article342






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