Le paysage d’où je viens


A la demande : formation à l’utilisation de cet outil (groupes de 5 à 15 personnes)
Renseignements : info@institut-eco-pedagogie.be


Table des matières

Contexte
Déroulement
Intentions pédagogiques
Formes d’intelligence
Conceptions du paysage
Réflexions à propos de chaque micro-phase
Transfert
Bibliographie

Contexte

Cette activité de sensibilisation au paysage a été conçue pour initier un module de formation dans le cadre de "Tournées du paysage" proposées pour la première fois par l’IEP en 2002. Une première fiche-outil a été rédigée en 2004* et publiée en 2008 sur ce site. L’activité a depuis lors été étoffée, ce qui justifie son actualisation en 2011.

Déroulement

- 1. Les participants forment un cercle. Chacun est invité à se présenter en indiquant de quelle localité il vient (ou de quel quartier d’une ville, quand tous connaissent bien les lieux).
- 2. Dès qu’une personne s’est présentée, les autres membres du groupe dressent rapidement un "portrait" du paysage qu’évoque le lieu d’où cette personne vient en lançant à la cantonade des mots qu’ils y associent.
- 3. À la fin, la personne en question livre elle aussi un mot, qui exprime au mieux le paysage d’où elle vient.
- 4. Tous les mots évoqués sont notés, et après le tour de table, une analyse réflexive est menée, portant sur le vécu et sur le contenu exprimé, sur les représentations des territoires qui ont émergé, sur les décalages entre les perceptions des uns et des autres, sur l’effet produit par la découverte des images mentales que les autres ont du lieu où l’on vit....
- 5. Ensuite, le groupe est invité à organiser les mots exprimés sous forme d’un conceptogramme "paysage" (cfr exemple ci-dessous).

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Un conceptogramme "paysage"
Conceptogramme produit par une groupe d’une vingtaine de personnes en formation.

Leur "modèle mental provisoire" (Barth, 1994) est comparé avec des définitions du paysage issues de différents dictionnaires, des définitions issues du monde scientifique ou d’une association comme ADESA, et la définition que les pays membres du Conseil de l’Europe ont adoptée à Florence en 2000 dans la Convention européenne du paysage :

"Le paysage désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations".

- 6. Le travail se poursuit en allant à la pêche aux paysages dans les magazines locaux et régionaux, avec la question suivante : dans quelle mesure les paysages, et en particulier ceux de nos régions, sont-ils récupérés et manipulés par le tourisme et la publicité ?

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Paysage dans la pub

Sommes-nous d’accord avec les images véhiculées à propos de "nos"paysages ?
Et finalement, "à qui appartient le paysage ?".

Intentions pédagogiques

Intentions générales

Cette séquence de présentations est aussi une séquence de recueil de représentations sociales de paysages.

"Quand tu me dis que tu viens de...., je t’imagine dans un paysage..."

Notre perception du paysage est fortement imprégnée du paysage dans lequel nous vivons au quotidien. Image puissante, car ce paysage constitue un cadre de références très largement inconscient, un filtre normatif qui fait nécessairement partie du berceau dans lequel nous accueillerons (plus ou moins bien) les autres paysages. Image vivante aussi, dans une gestation perpétuelle résultant du métissage subtil avec les paysages anciens qui nous ont marqués.

Intentions particulières

- Identifier d’emblée un des éléments du cadre de références qui est le lieu-paysage d’où s’élabore la pensée de l’acteur-penseur.
- Mettre en évidence la diversité des "paysages intérieurs" des différents acteurs-penseurs, pour introduire d’emblée la relativité de leur pensée et l’existence de stéréotypes.
- Ressentir et penser chaque paysage comme lieu d’enracinement pour ceux qui y vivent.

Formes d’intelligence

Cette activité, qui sollicite l’imagination et suscite des émotions diverses, a des chances de convenir à ceux qui aiment :

- visualiser mentalement un paysage non observable directement (intelligence visuo-spatiale) ;
- synthétiser en un mot (intelligence verbolinguistique) ;
- être en contact avec son cadre de vie, ressentir des émotions, exprimer ses idées, exercer son esprit critique (intelligence intrapersonnelle) ;
- négocier une organisation des idées (intelligence interpersonnelle).

Conceptions du paysage

Cadre de vie et héritage.

Réflexions à propos de chaque micro-phase

1. Dire d’où l’on vient

Dire d’où l’on vient n’est pas si banal qu’il y paraît. Des sentiments divers peuvent être éprouvés, agréables ou désagréables (fierté, inquiétude, gêne, plaisir,...). On ressent bien le risque qu’une étiquette nous soit collée sur le dos, dès que nous aurons parlé. En même temps, le caractère ludique de l’activité et le fait qu’il n’y a pas d’enjeu important permet de ne pas être englué dans ce sentiment et de réfléchir en même temps à ce que nous éprouvons : "tiens, je stresse ! mais pourquoi donc ?" - "je me rends compte que je suis heureux de pouvoir dire que je viens de..." - "je me sens dépité de devoir dire qu’aujourd’hui, je viens de..., alors que j’aurais préféré me présenter avec le lieu que j’ai quitté".

L’énoncé de chaque lieu suscite aussitôt diverses réactions chez les autres, verbales (éclats de rires, exclamations) ou non verbales (sourire, mimiques traduisant la perplexité, ...).

2. Dire/entendre ce qu’un lieu évoque

Puissance évocatrice des mots qui font exister et enferment tout à la fois : mélange d’images, d’impressions, d’activités. Le paysage qui surgit ainsi est très animé, hétéroclite. Chacun puise dans ses souvenirs et connaissances.

Les pensées/sentiments intimes sont sans doute divers :

"Dire ou ne pas dire ? A quel moment ? Est-ce important que je participe ? Pour qui ? Ne vais-je pas vexer la personne en disant cela ? Vite, quelque chose d’original !Je suis gêné(e) de ne pas connaître des endroits que tout le monde semble facilement identifier"...

Au fur et à mesure du tour, les participants affinent leur participation et éventuellement choisissent de l’orienter dans une direction (uniquement quelque chose de valorisant, ou de morphologique, ou...). Jeu social qui évolue, comme une danse improvisée, tour à tour drôle, sérieux ou tendre.

Surprises pour celui qui écoute comment est perçu "son" paysage. Nous nous rendons compte également que les autres nous voient avec un paysage en toile de fond, et réciproquement. C’est une mise en évidence des stéréotypes, que l’ambiance conviviale et détendue permet d’accepter pour ce qu’ils sont, avec humour.

Rien que le fait d’énoncer ces différents lieux et paysages intérieurs constitue déjà une tournée de paysages très diversifiés et donne un aperçu de la diversité des relations qu’ont les personnes présentes avec les différents paysages évoqués.

Cette personnalisation des représentations crée une distance par rapport à la personne qui vient du lieu en question (dans l’effervescence, on peut même en arriver à oublier de qui il s’agit) et rend évidente pour soi-même l’absurdité d’une confusion entre la personne et le lieu d’où elle vient.

Cette mise en commun contribue à modifier notre paysage, la représentation que nous en avons hic et nunc. Il est maintenant "entouré" d’autres paysages auxquels il n’avait jamais été associé/confronté/juxtaposé jusqu’ici. Les fils se tissent, la complexité s’installe...

3. Synthétiser "son" paysage en un mot-clé.

Le mot choisi ici est en général "évident", ramenant le paysage à une sorte d’essentiel, de cadre constituant :"Vallée", "Forêt", "Colline", "Herbages", "Calme".

4. Prendre conscience de la relativité de la notion de paysage

Les participants vont découvrir que la notion de paysage échappe à une définition simplificatrice en confrontant leurs représentations par l’expression de ce qui fait paysage pour eux. Des conflits sociocognitifs ne manquent pas de surgir, issus de désaccords sur le fait de considérer que tel élément « peut » ou non être évoqué pour caractériser un paysage.

5. Conceptualiser

En travaillant à partir de ces représentations multiples, individuelles et subjectives, les participants vont être invités à abstraire chacun leur discours pour accéder à un niveau générique supérieur à l’exemplarité locale (passer du particulier au général, par exemple de « des prairies et des haies » à « l’utilisation du sol ») et alimenter la construction du conceptogramme, ou réseau conceptuel (Astolfi et al, 1997 ; Barth, 1994). Ils vont apprendre à distinguer les éléments variants et invariants d’un concept (Barth, 1987).

À travers ces débats, ils expérimentent la dimension socialement construite de tout concept, ils découvrent que le concept de paysage a une histoire, toujours en cours, et que les concept sont non seulement un produit social, résultat d’un consensus scientifique, mais aussi un produit culturel, un consensus valable à un moment donné, dans un contexte donné, et pas une vérité éternelle et universelle.

6. Critiquer l’utilisation des images de paysage dans les médias

Produit culturel, le paysage a aussi une dimension fortement identitaire, aujourd’hui largement exploitée dans la publicité et dans le tourisme. L’analyse critique de l’utilisation des images de paysages dans cette optique ouvre la voie à une prise de conscience et à découvrir ce qu’est le "greenwashing".

Transfert potentiel

Prendre l’habitude d’identifier l’impact des représentations que nous avons à propos des lieux sur l’image que nous nous construisons d’une personne qui vit dans ces lieux. Plus précisément, en fonction du lieu-paysage d’où vient notre interlocuteur, il est possible que nous fabriquions une image stéréotypée de sa relation à propos d’un sujet donné.

Par exemple, si quelqu’un provient de tel quartier urbain réputé "chaud", il sera supposé côtoyer la délinquance, vivre dans un climat d’insécurité, ...

Une tournée systématique des représentations mutuelles met en lumière l’importance de la subjectivité des différents acteurs. Cet exercice force la prise de distance et le questionnement sur les représentations.

Bibliographie

Astolfi J.-P., Toussaint J., Ginsbuerger-Vogel Y., Darot, 1997. "Mots clés de la didactique des sciences. Repères, définitions, bibliographie", Bruxelles, De Boeck, Coll. Pratiques pédagogiques.

Barth B.-M., 1987. "L’apprentissage de l’abstraction", Paris, Retz.

Barth B.-M., 1994. "Dictionnaire encyclopédique de l’éducation et de la formation", Paris, Nathan-Université.

*Partoune C., 2004. "Un modèle pédagogique global pour une approche du paysage fondée sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication", thèse de doctorat, Ulg, 291 p., non publié.


Pour citer cet article : Collectif, « Paysage d’où je viens », in "Habiter son cadre de vie", répertoire d’outils imaginés par les formateurs de l’Institut d’Eco-pédagogie (IEP), réédité en mai 2011
URL : http://www.institut-eco-pedagogie.be/spip/?article260






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